À travers ce blog, je souhaite partager non pas des conseils ou des recettes pour prétendument améliorer notre quotidien, mais plutôt ouvrir des pistes de réflexion sur des sujets qui me semblent importants, voire essentiels, selon ma perspective. On pourrait le considérer comme une forme de bibliothérapie, voire une sorte de philosophie de la lecture.
Je débuterai en abordant le thème de la douceur :
La douceur « Anne Defourmantelle »
« La douceur ne se possède pas. On lui fait hospitalité. Elle était là, aussi discrète et nécessaire et vitale qu’un battement de cœur. Sa puissance charnelle va de la volupté à plus légère pression de la main, elle est pensée quand elle touche et touchée quand elle est intelligence »
Ca vous parle ? Si tel est le cas, j’aimerais discuter d’un livre qui m’a profondément touché, précisément par sa grande « douceur ».
Tout d’abord, l’auteur évoque le therme comme quelque chose d’indéfinissable, de difficile à saisir conceptuellement, en effet n’existe pas une existence philosophique, il n’y a pas une définition technique de la « douceur » mais selon l’auteur elle existe dans sa forme tangible, qui réside dans notre corps, à la fois matériel et immatériel, elle appartienne tout autant à la caresse qu’a la pensée. L’auteur explore comment la douceur ne signifie pas faiblesse, mais plutôt une approche consciente et bienveillante de la vie et parce qu’elle a un pouvoir de transformation sur les choses et les êtres, elle constitue plutôt une puissance.
Cependant, après cette analyse, elle soulève une autre question : la douceur peut-elle exister sans la brutalité, sans son opposé ?
Peut-on penser qu’il existe une douceur « pure » ? Sans pouvoir faire face à son opposé, la douceur reste-t-elle un choix ?
Ne risque-t-elle pas de se transformer en impératif sacrificiel dans son aspect le plus serviable ?
Dans ces propres mots :
«Cela veut dire que la véritable douceur contient un élément de négativité ?
Mais oui, c’est bien là le problème. Elle a sa dialectique » Non la dialectique qui broie mais la dialectique qui fait jouer les unes contre les autres, toutes les nuances du doux qui peuvent aller jusqu’au noir » Car si caresse, jeux érotique, corps d’enfant, sont doux le renoncement de celui qui va mourir, et lâche prise est doux aussi »
D’ailleurs, avons-nous la même capacité à exprimer notre colère lorsque la situation demande ? d’avoir la force et l’amour de soi, et le courage de lutter pour nos rêves coute que coute ? Elle nous encourage justement à embrasser la douceur tout en évitant qu’elle ne devienne un obstacle dans un monde de plus en plus hostile et tout en évitant aussi de tomber dans la mièvrerie, son véritable ennemie, la fausse douceur, cette passivité. En évitant tout simplement l’endormissement.
La douceur se cultive, ça veut dire donc qu’elle n’est pas naturelle.
En intégrant la douceur dans notre quotidien, nous pouvons puiser dans une source de force qui enrichit notre existence et nourrit nos relations avec autrui soit cela, des choses, des situations, des personnes, des parties de nous-mêmes jusqu’à des inconnus.
En nous inspirant des enseignements d’Anne Dufourmantelle et en pratiquant la délicatesse envers nous-mêmes et envers les autres, nous pouvons ouvrir la voie à une vie plus sacre mais aussi plus profane.
Tout cela pour nous inviter à réfléchir sur la manière dont nous traitons la douceur, aussi bien envers nous-mêmes qu’envers les autres. Comment cultivons-nous cet espace de liberté douce ou de délicatesse avec nos proches, avec les instants qui s’égrènent, avec les étrangers que nous croisons dans la rue, avec ceux que nous aimons le plus, et tout simplement avec nous-mêmes ?
Mais elle nous apporte aussi des notions captivantes, il faut remonter à la racine sanskrite « Svadisthana » nom qui adopte le chakra sacré ou deuxième chakra. En sanscrite signifie « douceur » étant son élément l’eau et son sens le goût.
Nous trouvons ici une fusion totale entre bienveillance spirituelle, douceur physique, et tempérance de cœur.
Dans ce sens pour les orientales la douceur est charnelle et spirituelle. Elle constitue un art du raffinement du rapprochements a la vie, de la sensualité, de la joie de vivre, la créativité, l’appétit, l’éros pas stigmatisé qui habite dans notre vie quotidienne, éros qui rétablie l’équilibre entre la vie et la mort que les sociétés actuelles ont travestie en marchandise pas cher.
Nous éprouvons souvent des difficultés à exprimer notre affection, à vivre davantage avec le cœur et moins avec la tête, à panser nos blessures et à laisser le passé reposer en paix, à mettre la trêve dans un combat, la simple rencontre d’un regard, à ressentir une caresse, a respecter le chaos, à construire des communautés en frappant à la porte de nos voisins, ou tout simplement à interagir socialement de manière authentique, à résoudre les non-dits avec nos proches, à demander « pardon » quand il faut.
Trop souvent, nous nous contentons de ce qui semble tout simplement « correct » et rester dans la ligne de ce qui est civilisé, civil. Mais ce qu’on perd c’est encore plus vaste, car les choses les plus intéressant passent « in the doorways » at the borders dans les interstices. La douceur elle est justement frontalière. Elle offre dans ce sens un passage, en se diffusant, elle altère. Elle touche et en touchant et en se laissant toucher, elle propose un pur mouvement avec la vie. Une danse avec elle. Bouleversante, pacificatrice, dangereuse, elle apparait toujours dans les bords. La douceur n’est pas une faiblesse sinon justement une puissance, une puissance de vie énorme qu’on peut partager et contagier a notre entourage. Osons nous voir ce qu’il y a au-delà de la frontière.